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LA GRANDE ODALISQUE : art contre anatomie ?

La grande Odalisque

La grande Odalisque

Un chef d’oeuvre de la peinture française du début du 19ème siècle, réalisé par JDA INGRES en 1814.
Il avait alors 34 ans , et vivait à Rome. Sa peinture était alors moins appréciée en France où  Jacques Louis DAVID, son professeur était le maître du néo-classicisme.  Ingres s’était détaché progressivement de cette école du « beau idéal » académique pour de nouveaux horizons picturaux.
Sa réputation était grandissante, il avait remporté le prix de Rome quelques années avant et s’était fixé par la suite en Italie.
La grande Odalisque avait été commandé par Caroline MURAT,  sœur de Napoléon 1er, reine de Naples , pour faire le pendant , dans leur palais royal de « la dormeuse de Florence », autre tableau représentant un nu , mais qui avait été détruit par la suite dans un incendie. Caroline était donc l’épouse de MURAT, maréchal d’empire, promu roi de Naples, fidèle de Napoléon, au caractère impétueux.
En 1814 régnait en France une agitation politique et militaire , l’année sera marquée par la campagne de France, l’abdication de Napoléon, et les adieux de Fontainebleau. En fait le tableau ne sera jamais payé pour cause de chute de l’Empire !

La peinture de l’époque était très influencée par l’orientalisme très à la mode,  aspect renforcé par la suite par Eugène DELACROIX.  Le tableau actuellement exposé au musée du Louvre , Aile Denon, mesure en réalité  91 x 162 cm, je m’attendais plutôt à un grand tableau ,  et représente une jeune femme, nue, couchée sur le côté, baignant dans une lumière diffuse, dans des draps soyeux, appuyée sur des coussins dont le moëlleux velours bleu ajoute à l’impression de volupté, créé par les courbes du dos, le grain très fin de la peau , femme au regard mystérieux, presque lointain, un rien détachée de la scène. La coiffure est soignée, ornée de bijoux à perles, retenue a l’arrière de la tête, coiffée d’ un grand foulard enturbané et  décoré de motifs rouges et dorés. La main droite tient une sorte d’éventail finement décoré avec des plumes de paon, et cache la perspective de la cuisse et du genou : pure décoration ou artifice du peintre pour suggérer plus facilement le raccourci de la cuisse ? Le drapé du rideau , couvert d’arabesques , pose ses lignes droites sur les courbes du corps, et à l’extrémité droite du tableau on peut voir des fumeroles s’exhalant d’un fumoir à côté d’une pipe dont on peut penser qu’elle contient des substances propices à l’évasion. Un orientalisme très personnalisé et onirique.
La grande odalisque est le nom donne à ce tableau, et représente une concubine, une femme de harem. Son visage est étrangement ressemblant à d’autres femmes dont INGRES avait réalisé le portrait, sans traits orientaux caractérisés. Ressemblance avec Caroline ? La vierge à la chaise de Raphaël ?
L’originalité de ce tableau et aussi principale critique qui lui a été adressée, est le non respect des règles anatomiques, que Ingres connaissait pourtant parfaitement. : le dos a une longueur excessive, avec selon les experts l’équivalent de 3 vertèbres lombaires supplémentaires, et un sein droit dévié sur le côté . Le peintre a voulu renforcer la courbure du corps, plus séduisant, et la pose plus lascive. Il enfreint volontairement les codes du classicisme , peut être un geste de rébellion ?
Le tableau sera présenté à l’exposition de 1819 et d’autres expositions ultérieures, 1846, 1855, mais n’aura pas de franc succès. Et pourtant il connaîtra la consécration dans la dizaine d’année suivante, influencera d’autres peintres de renom de son temps et aussi des générations à venir, Degas, Seurat, Matisse…

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