REMBRANDT : d’ombre et de lumière

REMBRANDT (1606-1669)
(Un résumé du livre d’Anne Sophie Molinié)
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Rembrandt : Deux syllabes qui sonnent la gloire d’un homme qui a brillé dans l’univers de la peinture du XVII siècle et garde de nos jours une notoriété sans faille.
Né à Leyde le 15 Juillet 1606, Rembrandt VAN RIJN a grandi dans une modeste famille calviniste de meuniers; il va cependant être éduqué a l’école latine puis à l’université de Leyde, la plus ancienne des Provinces Unies. Très rapidement sensibilisé à la peinture, il devient apprenti auprès de Jacob Isaacz van Sawanemburgh , le peintre le plus réputé de Leyde. Puis il se rend à Amsterdam, attiré par l’influence de peintres qui se sont ouverts à la renaissance italienne puis revient à Leyde installer son atelier dans la maison familiale, associé à son ami et autre apprenti Jan Lievens. Sa créativité va aller grandissante et révéler ses capacités à susciter l’émotion, tel le tableau d’Anna accusée par Tobit du vol du chevreau (1626). image
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Il introduit même son autoportrait dans une autre composition historique, développe ses capacités à mieux utilisera la lumière , et peint les thèmes et vibrations d’un siècle secoué par les guerres.
Les deux associés connaissent progressivement le succès et leur notoriété attire un homme politique, Constantin Huygens, amateur de peinture qui leur propose de travailler pour son maître Frederik Hendrik, stadhouder . Alors que Rubens , plus connu, et peintre des princes, est écarté car catholique. Apparaissent leurs premiers élèves dont certains seront très appréciés à Leyde.

Juin 1631 : Rembrandt s’installe à Amsterdam, ville portuaire hyperactive, riche d’échanges et de négoces, il peut y étudier les influences diverses et notamment espagnoles et catholiques. Sa réputation de portraitiste talentueux s’épanouit dans le milieu aristocratique et sa signature par le prénom, a l’instar des grands, traduit toute son ambition.
La réalisation d’un portrait de groupe, dans une composition étonnante de réalisme et d’invention , la leçon d’anatomie , lui vaut un très vif succès, qu’il enchaînera avec le portrait du prédicateur protestant Johannes Uyttenbogaert, puis le philosophe en méditation qui illumine un décor onirique évoquant un coquillage. Il parvient, là , à peindre une sensation comme le dit Paul Valéry.
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Dès lors, il s’enrichit par ses nombreuses commandes et dépense son argent en collectionnant œuvres, objets divers et curiosités .
Puis Saskia apparaît dans sa vie. Fille de bourgmestre et nièce de son protecteur, elle lui apporte par leur union en 1634 un statut social élevé, lui permet d’accroître sa célébrité et de s’enrichir par de plus nombreux commanditaires fortunés.
Rembrandt tente de réintroduire l’art sacré dans ces régions réformées, fidèle à la tradition figurative, en introduisant, à la manière du Caravage, trente ans plus tôt, le traitement théâtral et dramatique de l’ombre et la lumière. Ainsi le sacrifice d’Isaac (1635) et Samson aveuglé par les Philistins (1636) offrent au spectateur un condensé de tumulte, de réalisme jusque là inédits .
Dès 1635 le couple Rembrandt – Saskia s’offre son indépendance dans une demeure plus grande dans un élégant quartier. Promu bourgeois d’Amsterdam, et membre de la guilde des peintres, il rompt avec le traitement habituel des thèmes mythologiques, peint les portraits avec habits et accessoires évoquant la richesse. De plus en plus dépensier, et pour répondre aux critiques l’accusant de dilapider la dot de sa femme, il se représente dans une composition de jeune galant, fils prodigue dans une taverne (1636) tenant sa femme par la taille et un verre de l’autre main, avec des expressions ambiguës de demi sourire, et assurant son bonheur par la richesse des tenues.
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En 1639 il achète une belle demeure le forçant à un gros emprunt à l’origine d’importantes difficultés financières à venir, il y installe son atelier, ceux de ses élèves et l’ensemble de ses collections. Dans le même temps Saskia donne naissance successivement à trois enfants qui mourront rapidement en bas âge. Puis la mère de Rembrandt meurt en 1640.
Sa renommée s’étend à l’Europe, il peint le prédicateur Cornelis Claesz Anslo et sa femme (1641) où l’on entend presque la voix du personnage, et ce sont ses talents de dessinateur et dans le domaine de la gravure qui révèlent le mieux son extraordinaire esprit d’innovation, et permettre la diffusion élargie de ses œuvres.
Seul un quatrième enfant, Titus , baptisé en 1641, parviendra à l’âge adulte. Il peint en 1642 la ronde de nuit, portrait de groupe d’aristocrates , avec un savant dosage de l’ombre et la lumière, éclairant les visages, dans une grandiose mise en scène. Le tableau, a l’origine représentant la scène de jour, fut rebaptisé ronde de nuit en raison du vieillissement des vernis.
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Hélas en Juin 1642, son épouse Saskia, affaiblie, meurt en lui laissant 40000 florins. Il s’oriente vers une peinture plus raffinée.
Malgré son succès et sa renommée il est écarté du projet de décoration de l’Huis Ten Bosch près de La Haye, palais à la gloire de Frederik-Henri mort en 1647, de la maison d’Orange. Rembrandt s’isole et travaille sans relâche, parfois trop lentement au goût de ses commanditaires. Il est cependant plus libre , peint ainsi des sujets sur la bible (1647), une jeune fille accoudée à un appui de pierre (1645) toute en simplicité et séduction. La sainte famille au rideau (1646) utilise un trompe-l’œil, tableau dans le tableau.
Sa vie sentimentale se complique , Geertje la nourrice de Titus devient sa maîtresse, il lui offre des bijoux de Saskia. Puis en 1647 Hendrickje sa nouvelle servante devient à son tour son amante et rapidement cette coexistence devient impossible, la gouvernante est remerciée, son testament assure à Titus la restitution des bijoux , mais le situation se dégrade et, après plusieurs intrigues et malversations Rembrandt se venge en la faisant enfermer dans une maison de correction.
Danses nombreux dessins, il fait évoluer son style vers l’expressivité, en privilégiant l’activité humaine dans la nature, en utilisant des outils variés, pierre noire, sanguine, gouache, l’encre ou la plume de roseau.
Les difficultés de remboursement de sa maison, ses nombreux achats dispendieux notamment d’œuvres d’art, inquiètent ses créanciers qui décident un inventaire de ses biens. Autour de lui des penseurs, médecins, éditeurs , prédicateurs ont relayé les marchands et les politiques. De plus en plus en difficulté financière et malgré des emprunts auprès d’amis tel Jan Six dont il dresse un portrait saisissant entre ombre et lumiere (1654) il s’assure du soutien de l’héritage éventuel de son fils, vend difficilement quelques une de ses œuvres, et transfère la propriété de sa maison à son fils. En outre son concubinage avec Hendrickje suscite des réactions négatives de l’Eglise Réformée surtout après la naissance de leur fille baptisée Cornelia, comme deux de ses précédentes filles décédées prématurément .
Il se représente sans concession dans un nouvel auto portrait (1652), Hendrickje lui sert de modèle dans la femme au bain (1655), et Titus a son pupitre (1655), pris sur le vif dans un court instant de méditation.
Ses oeuvres d’inspiration biblique traduisent son inlassable quête intérieure et expriment la présence divine et la sainteté dans une réalité immédiate et bouleversante, tel le tableau de Jacob bénissant les fils de Joseph (1656).
Dans le même temps la faillite devient inévitable, il doit abandonner tous ses biens, qui seront vendus dans une succession d’enchères publiques à des prix invraisemblablement faibles .
Ruiné, dépouillé de ses biens, il poursuit sa quête picturale avec de nombreux autoportraits affectés par le vieillissement, et identifiant peu à peu l’homme à la peinture.
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Dès 1658, la vente de ses biens apparaît largement insuffisante pour faire face à ses dettes, et en 1660 il déménage dans une petite demeure, sous la protection de Hendrickje et Titus en échange de ses toiles, sa peinture très orientée sur les thèmes bibliques, les mythes et empreinte d’une forte spiritualité.
1660 : une commande de la ville d’Amsterdam sur un thème historique à la gloire des Provinces Unies échoit à Rembrandt après la mort d’un de ses élèves initialement choisi. Mais la conjuration de Claudius Civilis (1662) ne correspond pas aux desiderata des commanditaires et l’œuvre lui est restituée malgré l’originalité de la composition et la matière même de la peinture, les couleurs et l’épaisseur des couches. Il recherche plus un dialogue avec le spectateur, préférant la participation plutôt que la contemplation. Et en 1661 une autre œuvre, les syndic des drapiers, illustre encore de façon plus lisse et raffinée avec un saisissant portrait de groupe l’interaction avec le spectateur , faisant dire par des poètes tels que Jeremias de Decker, que la peinture, de morte, devient vivante. En 1661 il peint Saint Matthieu et l’Ange avec une profonde humanité.
Sa situation familiale se complique avec le décès d’Hendrickje en 1663, puis de Titus en 1668, emporté par la peste, avant la naissance de Titia. Rembrandt vit désormais seul avec sa fille Cornelia.
En 1665-1668 il peint la Fiancée Juive, tableau d’inspiration biblique, montrant Isaac et Rebecca Dan s’une posture intimiste avec un choix de matière et de couleurs qui donne une forte impression de relief.
Rembrandt meurt le 04 Octobre 1669, et sera inhumé aux côtés de Hendrickje et de Titus

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